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5 mai 2021, Être en corps capable

« Être en corps capable », c’est ce qui me vient à l’esprit lorsque je pense à ces adolescents. Ceux avec qui je partage un bout de ma vie. Des adolescents qui se sont forgés une carapace pour faire face aux diverses difficultés qu’ils rencontrent. Des adolescents qui doivent éprouver pour se créer et fonder en eux un noyau solide leur permettant de se construire. Des adolescents qui connaissent la douleur du coeur. Cette douleur si vive et profonde. Celle que je n’arrive même pas à imaginer.

Et pourtant je dois faire de mon mieux pour les accompagner. Alors j’apprends d’eux. J’apprends à les connaître, en tâtonnant, en essayant et parfois même en me trompant. Puis, ce jeune qui évitait toute discussion commence à parler de lui. Celui qui affirme ne pas vouloir de la relaxation fini par m’en faire la demande. Ou encore, celui qui pense n’être capable de rien s’aperçoit qu’il a de réelles potentialités.

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Mon coeur est empreint par ces adolescents en vous écrivant ce soir. Par pudeur. Par respect, je parle très peu de mon métier d’éducatrice. Pourtant, j’ai terriblement envie de vous parler d’eux. Car ces adolescents sont inspirants. Touchants. Percutants de vérité. Leur vérité me bouscule. Leur force m’impressionne. Je suis toujours admirative face à leur résilience. Résilience que j’accompagne lors de moments de relaxation. La relaxation devient alors une médiation qui sert d’intermédiaire, de support à la relation afin de créer un espace rassurant. Confortable. Sécurisant. La relaxation offre surtout l’expérience de se retrouver seul(e). Faire l’expérience d’une certaine solitude, en présence de l’autre. Se retrouver seul(e) alors que leur tête ne cesse de ruminer, leur corps continue de s’emmurer et leur coeur prêt à éclater. Alors je tente de composer. D’osciller. De proposer. Mon invitation est toujours le fruit de ce que je ressens de l’adolescent. La détente est induite. À ce moment précis, je suis toujours impressionnée par leur qualité d’écoute. Par leur confiance. Par leur sensibilité. Sensibilité qui devient palpable à travers leur regard, leur silence, leur attention.

La relaxation passe par des choses tout à fait banales, mais qui ont, selon moi, tant d’importance. La posture, la respiration, la gestuelle et tant d'autres choses, souvent de l'ordre du ressenti, vont amener à la création de ce fil si fragile qu'est le lien. Quand le silence se fait, certains ferment les yeux, d’autres s’y refuse. Ils inspirent. Expirent. Ils laissent s’écouler des moments de silence pour se recentrer sur eux-mêmes. Les émotions s’observent, se supposent. Parfois ils arrivent à s’endormir et moi je souris. Je souris parce que je me dis intérieurement qu’ils ont pu s’autoriser à lâcher. Loin du vacarme présent et passé.

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Pudiquement, pour leur confiance, je les remercie en secret.





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